Chez l’homéopathe

Je lui raconte toute ma vie pendant une heure. Il écoute attentivement, pose des questions. Je me sens en confiance. J’ai l’impression que je peux être authentique, car il ne me juge pas. Il me donne une petite bouteille qui contient des granulés homéopathiques. C’est le remède qui s’est profilé spécialement pour moi à la fin de cette anamnèse. Carcinosinum. Cela réveillera mon médecin intérieur. Cela me parle. Je lui fais confiance.

A la toute fin de l’entretien, alors que le patient suivant est déjà derrière la porte et que nous avons déjà repris un rendez-vous pour dans quinze jours, je demande : « Qu’est-ce que c’est, en fait, Carcinosinum ? » Et là, l’ambiance change tout à coup. Il me dit qu’il est content que je pose cette question, cela prouve que c’est le bon remède pour moi, que je suis quelqu‘un qui veut tout contrôler, que je dois accepter ce que la vie me propose. Par exemple, que mon fils soit né par césarienne, j’aurais dû accepter cela sur le moment, c’était la proposition de la vie. « Vous dites chercher l’harmonie, mais elle est partout, c’est vous qui vous coupez de l’harmonie en cherchant à tout contrôler. » Sur le moment je me défends, je réplique que je ne cherchais pas à contrôler mais que j’étais curieuse. J’aime bien découvrir des choses.

L’entretien se termine. Je sors de son cabinet. J’ai une sensation très désagréable. C’est très flou. Je me sens retournée, mais je n’ai pas de clarté sur ce qui se passe en moi. Je reste toute la journée avec ça, je dors mal. Le lendemain, j’ai une séance de Maïeusthésie qui est agendée depuis longtemps, je décide d’aborder ça.

Je vois dans cette séance ce qui a été difficile pour moi : être cataloguée comme quelqu’un qui veut tout contrôler ; entendre un diagnostic interprétatif sur moi ; qu’un thérapeute sorte de sa posture pour me faire la leçon, alors que je ne lui ai pas demandé cela ; le contraste entre une qualité d’écoute où j’ai cru que j’étais accueillie comme j’étais et ce dernier échange jugeant et interprétatif ; qu’il prenne justement l’exemple le plus douloureux à accepter, la naissance de mon fils, que j’aurais souhaité physiologique, dans notre foyer, dans ma puissance de femme à enfanter, dans le respect du rythme de mon fils ; que c’est absolument inutile de dire à quelqu’un qui contrôle tout qu’il faut qu’il arrête de le faire, car si j’en avais les moyens je ne contrôlerais pas tout ; que ce qui en moi cherche à tout contrôler j’ai envie qu’elle soit honorée pour tout ce qu’elle a fait elle m’a sûrement permis de ne pas devenir folle dans les moments extrêmement difficiles de ma vie.

La séance de Maïeusthésie a pu éclairer tout ça. Puis c’est un téléphone avec ma sœur qui m’a montré ce qui était le plus difficile pour moi. Le plus difficile c’est de ne pas avoir eu les moyens de dire : “Stop, arrêtez. Vous ne me parlez pas comme ça, ce n’est pas OK pour moi.“
Et si je n’ai pas pu dire ça, c’est parce qu’il n’y a pas eu cette petite fraction de seconde de conscience pour revenir à moi, à ce que je ressentais, à ce qui étais OK pour moi ou pas. Et à partir de là, poser une limite. Et là, a été une immense prise de conscience. Ce n’est pas que je n’ai pas osé, que je n’ai pas de répartie, que je n’ai pas su quoi dire… Sur le moment je me suis coupée de moi. Mon mental seul fonctionnait et il a répondu en se justifiant. A partir de cette prise de conscience, je suis entrée dans une phase de désespoir avec beaucoup de jugements sur moi. J’ai bientôt 40 ans, quand est-ce que j’arriverai à poser des limites aux autres, des limites qui viennent de cet espace de conscience, ajusté ?

Une chère amie m’a donné de l’écoute et j’ai pu reprendre pied en moi.

J’avais envie d’annuler le rendez-vous pris et de ne plus jamais revoir ce monsieur. J’ai eu encore la chance de travailler cette situation sur une piste de danse en CNV avec une collègue que j’aime beaucoup. Sur la piste, j’ai pu voir les différentes options que j’avais et ce qu’elles nourrissaient en termes de besoins.

J’ai décidé de ne pas annuler le rendez-vous et de saisir cette occasion pour revenir sur cet échange avec lui et de lui dire ma vérité. Mon intention est de partager mon authenticité et non de lui faire des reproches.

Le matin arrive, j’ai mal dormi, j’ai mal au ventre. Je laisse un message à mon amie qui m’a soutenue dans cette histoire, pour lui dire que je suis en route pour le rendez-vous : « Est-ce qu’elle aura un petit espace de débriefing dans la journée? » Je ne me sens pas seule.

C’est l’heure, j’entre, il me demande comment ça va depuis la dernière fois, si le remède fait de l’effet. Je réponds qu’avant de parler de ça, j’aimerais revenir sur ce qui s’est passé en fin de séance la dernière fois. Je dis tout ce qui a été difficile pour moi, comme je l’ai écrit plus haut. Je dis que ça n’a absolument pas contribué pour moi. Je déballe tout, je parle de moi, je suis assez calme, ma gorge se serre à des moments, ma voix tremble, j’ai les larmes aux yeux. Mais tout ça, est OK. Il écoute attentivement sans m’interrompre. A la fin je lui demande en CNV classique : “Comment c’est pour vous de m’entendre ?“ Il me répond que c’est magnifique, qu’il est très content que je lui dise tout ça, que j’aie eu cette prise de conscience. Pour lui c’est un effet miroir entre thérapeute et patient et c’est ajusté que les choses se passent comme ça.

Je vois que l’essentiel en moi est bien avec sa réponse. Une part de moi aurait aimé qu’il reconnaisse que j’avais passé des jours difficiles suite à cette discussion. Ce qu’il ne fait pas. Nous continuons l’entretien. Je me sens tranquille.

Je suis contente d’avoir pu exprimer ma vérité. D’avoir eu le courage de revenir. De saisir cette chance que nous donne la CNV, de revenir. J’ai de la gratitude pour les différentes personnes qui m’ont soutenues dans le processus afin de pouvoir revenir. J’espère qu’un jour j’arriverai à faire ça sur le moment !

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